Consolidation dans les ESN – Quelles conséquences pour les clients ?

Le secteur des ESN (entreprises de services numériques) est en permanence sujet aux vagues d'acquisitions. Le rythme des créations et quelques rares scissions ne compensent pas le phénomène dominant de consolidation. Comment réagissent les clients "de taille moyenne" .

Au cours de ces 12 derniers mois, nous assistons en France à quelques annonces spectaculaires. Cet été 2013, on a vu la fusion Econocom – Osiatis, à l'automne 2013 le rachat d'Euriware par Capgemini, il y a quelques semaines l'annonce de la fusion Sopra-Steria et l'annonce toute récente de l'OPA d'Atos sur Bull.

Toutes ces fusions-acquisitions sont motivées soit par des complémentarités évidentes, surtout dans les cas Sopra-Steria et Atos-Bull, soit par le renforcement sur des métiers identiques, surtout dans les cas Capgemini-Euriware et Econocom – Osiatis. L'autre moteur de ces opérations est la nécessité d'atteindre la plus grande taille possible pour répondre à plusieurs enjeux :

  • Les grands marchés en croissance que sont le cloud computing, le décisionnel et le big data nécessitent de gros investissements en infrastructures, en logiciels, et en acquisition de compétences. "Seuls les grands acteurs survivront" est un message que les "grands prédateurs" véhiculent.
  • Les grands leaders américains et indiens pourraient se partager le marché des grands contrats d'infogérance d'infrastructure et de gestion de parcs applicatifs. Pour figurer parmi leurs compétiteurs crédibles il faut être de taille comparable, avec des capacités industrielles comparables et des capacités offshore pour rivaliser sur les prix.

Les deux poids lourds Capgemini et Atos luttent pour se maintenir parmi les 15 ou 20 premiers acteurs mondiaux. Sopra-Steria et Econocom-Osiatis deviennent des leaders européens. On peut se réjouir de voir nos champions des services informatiques figurer à ces niveaux – et peu d'autres européens les accompagnent.

La logique de ces fusions-acquisitions est bien compréhensible, et est de nature à séduire ou rassurer les grandes entreprises, françaises ou européennes, de pouvoir compter sur de grands acteurs qui ne soient ni américains ni indiens. De leur côté, les entreprises de taille moyenne ou "intermédiaire" (les ETI) se posent légitimement la question de leur intérêt dans cette évolution. Les ETI et même de nombreux grands comptes voient se réduire l'offre d'ESN de taille plus proche d'eux.

Leurs inquiétudes sont les suivantes :

  • Ils aimaient la position de client majeur pour une ESN grande ou moyenne, ils ont peur de se retrouver classés bien loin chez un "géant". Elles ont ainsi peur de devenir de trop petits clients, de ne pas compter suffisamment et de ne pas être traitées "avec autant d'attention que les gros clients".
  • Les DSI de quelques dizaines ou quelques centaines de personnes ne sont pas enclines à négocier avec des poids lourds de 30 000 à 130 000 personnes, qu'elles voient comme des mastodontes trop puissants.
  • Les très grands acteurs ne vont-ils pas délaisser les "petits"  contrats d'infogérance pour se consacrer aux gros marchés ? On a effectivement coutume de dire les gros contrat sont plus rémunérateurs et que les grandes ESN ne veulent plus traiter les petits contrats. Même si cela est loin d'être prouvé (de nombreux "gros contrats" se sont avérés de vraies catastrophes), et si les grands acteurs ont encore besoin des petits contrats, au moins pour quelques temps, on peut comprendre cette inquiétude.
  • Les grands clients seront systématiquement mieux servis que les petits, et toujours en priorité en cas d'urgence. En effet les très gros contrats sont souvent négociés au niveau des directions générales de l'ESN et du client. En cas de litige, de difficulté, de surcharge momentanée, ou de reprise d'activité après un incident majeur (incendie, inondation, enchainement de pannes dans un data center), l'ESN mettra tout en œuvre pour corriger la situation, pour éviter les explications au niveau de ces directions générales.  Et au détriment des petits clients craignent ces derniers.
  • En cas de litige, une grande ESN recourra plus facilement à ses juristes, voire ses avocats, alors qu'une ETI préfère de loin les négociations et arrangements – approche qu'elle pense plus facile avec une ESN petite ou moyenne.

Ces inquiétudes sont fondées, mais finalement, c'est le moment de prendre un peu de recul et de bien comprendre le marché, d'y déceler à la fois les évolutions inévitables et les opportunités nouvelles.

  • Il faut se réjouir que la France puisse aligner des champions qui se placent parmi les plus gros acteurs mondiaux. Ils se placeront sur les grands marchés, les nouvelles approches de services, les nouvelles applications. Et tout le marché français bénéficiera de leur savoir-faire.
  • Les clients, quelle que soit leur taille, doivent scruter le marché et suivre en particulier la croissance et/ou les regroupements d'acteurs modestes qui atteignent à leur tour une taille moyenne, donc des capacités attractives.
  • Il faut scruter sans cesse l'évolution du marché. Des théories récurrentes annoncent que l'infogérance traditionnelle disparaitra progressivement et que l'informatique de l'entreprise se déplacera vers des clouds. On rappellera tout de même que :
  1. Cette transformation se fera vraiment très progressivement.
  2. On est loin d'avoir résolu la question de l'intégration d'applications SaaS et d'applications plus anciennes, toutes dispersées dans différents cloud (voir l'article Cloud computing, SaaS and application integration).

Grands acteurs investissant sur le cloud et le big data, nouveaux acteurs émergeant et "solides", tout aussi innovant parfois, et multiplication des solutions de cloud computing sont autant d'opportunités à évaluer pour la transformation des systèmes d'information.